PLONGER : oserez-vous faire le grand saut?

Perchée tout là-haut, sur ce plongeoir qui symbolise à la fois nos peurs et nos espoirs, Sarah Devaux nous invite à une subtile exploration de nos marées intérieures. Sautera, sautera pas ? Avec son titre qui claque et éclabousse, PLONGER nous renvoie à nos propres audaces – celles qui font qu’on se jette à l’eau ou pas. À l’exact carrefour du Cirque & du Théâtre, cette création bientôt dévoilée au Théâtre Varia, en coprésentation avec UP - Circus & Performing Arts, vous immerge dans une piscine oubliée, en équilibre au bord du souvenir. Une nageuse – incarnée par Sarah Devaux – s’approche du vide, le plongeoir grince, un concierge maître-nageur – joué par Marcel Vidal Castells – décrit les abysses qu’elle pourrait y rencontrer… Rien de banal dans ce nouveau spectacle de la Compagnie Menteuses qui, après À NOS FANTOMES, confirme son goût pour les eaux troubles & la mélancolie qui rafraîchit.

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Que celui ou celle qui n’a jamais frémit avant de plonger lève la main. Au bord du vide, avant l’impulsion, c’est tout un abîme qui s’ouvre. La peur d’y aller et l’envie de s’élancer se mêlent, pour un résumé fulgurant de notre condition humaine. Avec PLONGER, Sarah Devaux signe un spectacle aux puissants échos philosophiques. Inspirée par « Éloge du risque », d’Anne Dufourmantelle, elle a rêvé d’un spectacle de Cirque qui oserait parler de la fragilité et du tremblement qui nous saisit au quotidien, en haut du plongeoir ou face à nos choix de vie. « Comment oser échapper à des schémas répétitifs qu’on a tous, liés à des angoisses ? Comment le désir peut-il être plus fort que ces blocages ? Comment oser se lancer ? », nous explique la circassienne, dans les coulisses d’un spectacle audacieux. Entre Théâtre & Cirque, manipulant autant les mots que le geste physique, PLONGER nous convie dans une piscine d’un autre temps, où une nageuse entame un dialogue avec un concierge maître-nageur. « Ici, il y a 1.000 mètres de profondeur et là, 2.000 », lance-t-il, d’un ton léger, tandis qu’il ramasse avec son épuisette des bandes magnétiques de cassettes qui flottent comme des algues au bord de l’eau… Les apparences sont trompeuses dans ce spectacle entêtant, qui nimbe la réalité d’une sorte de nuit de tous les possibles. « J’avais envie de parler du risque que l’on prend dans la vie de tous les jours, le risque qui nous fait avancer », détaille Sarah Devaux. On plonge avec elle… dans l’élaboration du spectacle.

 

Le thème du « plongeon » [dans le vide, vers l’inconnu, dans l’action, dans la piscine,…] est une terre philosophique très féconde. Comment t’est venue cette image ? Comment as-tu pensé que ce saut universel pouvait constituer le fil rouge d’un spectacle ?

Depuis longtemps, j’ai une fascination pour les « bords de quelque chose », pour l’eau et pour les piscines – notamment désaffectées. J’ai rassemblé une incroyable collection d’images de piscines sans eau ! Ces univers m’inspirent. L’idée du plongeoir comme premier élément de scénographie s’est très vite imposée. Parmi mes premières impulsions d’inspiration, il y a le livre « Éloge du risque » d’Anne Dufourmantelle. Elle est psychologue et psychanalyste, mais sa façon d’écrire est très théâtrale et visuelle. Elle incarne ses idées dans des images très fortes. Je me suis demandé ce que cela donnerait si on mettait ce livre en scène. Anne Dufourmantelle explore le désir, le risque, la transformation, les moments de suspend : l’image de la piscine et la métaphore du plongeon semblent évidentes. C’est à partir de là que s’est construit le spectacle, nourri par toute une série d’autres lectures, notamment philosophiques, comme « L’eau et les rêves », de Gaston Bachelard, qui tresse les fils de nos inconscients collectifs sur l’eau. Son livre est une plongée fascinante depuis les surfaces brillantes et claires, jusqu’aux profondeurs plus obscures, où s’agitent les mythes.

On dirait que tu résumes le spectacle ! Au départ, PLONGER a tout d’une histoire classique : une nageuse foule un plongeoir pour s’essayer au grand saut, sous les conseils d’une sorte de maître-nageur. Mais très vite, on se rend compte que l’exploration va nous entraîner dans des dimensions plus mystérieuses, comme un voyage dans les pensées de la jeune femme, ses peurs, ses envies,…

J’avais envie de parler du risque – mais pas le risque du Cirque, qui n’est d’ailleurs pas la couleur première du spectacle. Je souhaitais inviter le public dans une sorte d’espace mental, celui d’une nageuse – qui pourrait être vous et moi – face au grand saut. Je pense que le public comprendra très vite qu’on n’est pas dans une histoire qui va de A à Z, mais dans une plongée vers les profondeurs de l’eau et du personnage. On joue avec les espace-temps, notamment grâce à la lumière et au son. C’est un autre endroit que la vie de tous les jours. Un lieu un peu absurde, surréaliste, décalé, mais qui veut laisser toute sa place au public. C’est un univers bizarre, mais on y plonge tous ensemble !

 

Il y a de fortes chances qu’on se reconnaisse toutes et tous dans les élans de la nageuse… Son frisson et ses peurs sont aussi les nôtres, dans nos vies quotidiennes ?

Personnellement, je me perçois comme une grande peureuse ! C’est toujours une bataille immense pour faire des choses. J’aimerais bien expérimenter une vie où j’aurais moins peur. Le sujet me touche très fort, et je pense qu’il devrait parler à pas mal d’autres personnes… Le risque dont Anne Dufourmantelle fait l’éloge, celui auquel elle nous invite, c’est le risque intime. Comment oser échapper à des schémas répétitifs qu’on a tous, liés à des angoisses ? Comment le désir peut-il être plus fort que ces blocages ? Pour y parvenir, il s’agit d’être à l’écoute d’un autre nous-même qui serait un peu plus loin et qui nous appelle, par-dessus le vide à traverser. Un appel à vivre qui nécessite de prendre un risque, plutôt que s’endormir dans nos habitudes qu’on connaît bien mais qui ne nous sont pas toujours bénéfiques. La peur, tu peux en faire une alliée. Elle sert à beaucoup de choses ! S’il y a de l’angoisse, c’est qu’il y a du désir. L’un ne va pas sans l’autre. Comment faire en sorte que le désir prenne le pas sur la peur ?

Avec son défi permanent à la gravité et sa prise de risque – au sens littéral –, le cirque renvoie à cette notion de dépassement, d’élévation, d’équilibre, de plongée,… Selon toi, le geste circassien, par lui-même, est-il un écho universel à nos espoirs intérieurs, à nos chutes, à nos désirs d’envol ?

Oui, très certainement ! Le cirque est extrêmement concret et, par là-même peut-être, il touche à des symboles universels. Il y a le rapport à l’air, à la terre – au sol. Ce sont des images qui traversent toutes les cultures. En même temps, ces images sont tellement puissantes en elles-mêmes qu’on se méfie parfois d’y ajouter du texte et des personnages. C’est dommage ! Dans la vie de tous les jours, nous agissons avec notre corps et nous sommes des êtres pensants, parlants. Le tout dans un grand mélange ! Le cirque doit pouvoir utiliser tous les langages, y compris celui des mots.

 

Dans PLONGER, les mots abondent. On est au carrefour du Cirque & du Théâtre. Pour toi, quel est le statut de ces mots en scène ?

Pour PLONGER, c’était clair qu’il y avait besoin de mots. Ils sont nécessaires pour faire vivre l’univers absurde et glisser l’humour dans le propos. Je souhaitais aussi donner leur place aux lectures philosophiques qui ont nourri le spectacle. J’ai envie que les mots soient au même niveau que les mouvements physiques. Cet alliage entre expression verbale et corporelle est un défi ! Mais c’est vraiment le principe du spectacle : on rencontre deux personnages pleins de mots, de pensées et d’actions physiques. Le sujet du plongeon s’incarne dans différents langages. C’est théâtral, mais la partition est circassienne. La technique de cirque est peut-être plus discrète, mais elle est omniprésente. Et à certains moments, il y a carrément des explosions purement physiques !

Est-ce que l’écriture de ce spectacle t’a appris à avoir moins peur ?

Il y a encore du boulot ! Mais c’est certain que porter la création d’un spectacle, tenir bon à travers les défis, ça renvoie une image plus courageuse de soi-même. Et, durant le travail, j’ai aussi appris à dompter des peurs physiques. Même si ce n’est pas du tout ce péril qu’on veut montrer, il reste présent, bien entendu. Le soutien de l’équipe est très important pour cette traversée physique ou morale : la collaboration à la mise en scène par Mélissa Von Vépy par exemple, ou l’appui de mon partenaire de jeu Marcel Vidal Castells, créent un cadre de confiance. Peut-être que nos peurs, qu’on voit si immenses, ne le sont pas tant que ça. Il s’agit avant tout de les apprivoiser…

 

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Le spectacle PLONGER est à découvrir au Théâtre Varia [Rue du Sceptre, 78 à 1050 Ixelles]

en co-présentation avec UP – Circus & Performing Arts

 

DATES :

Mardi 12.12 à 20h

Mercredi 13.12 à 19h

Jeudi 14.12 à 19h

Vendredi 15.12 à 20h

Samedi 16.12 à 18h

 

Réservez vos tickets en cliquant ici >>>

Photos © Jeanne Cousseau

 

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