Mille Lundt au Japon : ‘Tout est une inspiration’

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Installée depuis 2003 à Bruxelles, l’artiste danoise Mille Lundt se définit comme une « citoyenne européenne ». Logique que cette globe-trotteuse ait souhaité répondre à l’appel de la première « Bourse exploratoire au Japon » lancé par UP - Circus & Performing Arts & WBI. Bingo! En décembre dernier, elle s’est envolée pour trois semaines à Tokyo & Takamatsu, où quelques rêveurs – surtout des rêveuses – œuvrent avec poigne au développement du Cirque contemporain. « On a pris le temps de l’échange et du travail en commun. C’est comme des graines qui ne demandent qu’à germer! », observe la circassienne, qui nous raconte de l’intérieur une première exploration appelée à se répéter pour d’autres artistes…

Internet & l’AI n’y suffiront pas : pour connaître l’autre, il faut le rencontrer en vrai. Le regard tourné vers l’Asie, c’est cette conviction qui fonde la collaboration entre UP – Circus & Performing Arts & WBI [Wallonie-Bruxelles International]. Ensemble, ils ont lancé une première Bourse exploratoire @  Japon. L’idée ? Permettre à un·e Artiste de la Fédération Wallonie-Bruxelles de passer 3 semaines au pays du Soleil Levant, pour multiplier les rencontres & les échanges. Une connexion internationale déjà bien établie entre Catherine Magis, codirectrice de UP – Circus & Performing Arts & Michiko Tanaka, l’une des chevilles ouvrières du Cirque actuel au Japon, membre du Réseau CAN [qui regroupe plusieurs acteurs circassiens d’Asie]. La logique est celle de l’échange : 2 Artistes japonais sont accueillis tout le mois de mars en Résidence @ UP  avant de  présenter un extrait de leur travail à l’occasion du Festival. C’est le début d’une accélération féconde du dialogue circassien entre l’Europe & l’Asie, dont Mille Lundt, première de cordée, nous raconte l’enchantement : 3 semaines qui ont passé en un éclair, entre découverte d’un autre rapport au temps & travail au-delà des mots, dans la rencontre des corps.

 

Qu’est-ce qui t’a motivée à soumettre ta candidature pour cette première « Bourse exploratoire @ Japon » ?

C’est précisément ce mot « exploratoire » qui m’a séduite. Je trouvais que l’idée de laboratoire était très intéressante : la forme était très ouverte. Il s’agissait avant tout de faire des rencontres avec des Artistes, d’échanger sur ce métier qui nous passionne de la même façon, mais à 10.000 kilomètres de distance ! En tant qu’Artiste, j’ai créé plusieurs Spectacles sur un thème inspiré de la culture japonaise. Par exemple, Somewhere/Nowhere était basé sur le livre Chroniques de l’oiseau à ressort de l’écrivain Haruki Murakami & The Intruder s’appuyait sur un événement réel survenu à Tokyo : une femme vivait cachée dans le placard d’un homme. Mais je n’étais jamais allée au Japon. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était 2 mots-clés : similitudes & différences. J’avais soif de découvrir tout cela !

 

Comment se porte le Cirque contemporain au Japon ? Qu’as-tu découvert ?

Le Cirque contemporain vient vraiment d’éclore. Ce n’est pas une notion très familière. Le grand public a éventuellement vu une tournée du Cirque du Soleil, mais pour le reste, il n’y a pas encore de production de Spectacles de Cirque contemporain japonais. Tout cela est en développement, principalement porté par 2 femmes incroyables : Michiko Tanaka, qui a créé la Setouchi Circus Factory @ Takamatsu & Atsumi Sakai, qui mène le Circus Laboratory CouCou @ Setagaya, au nord-est de Tokyo. À elles deux, elles gèrent presque tout ! Grâce à elles, j’ai pu rencontrer de très nombreux Artistes de Cirque, avec qui nous avons énormément échangé & travaillé. Mon idée était aussi de récolter des interviews, pour réaliser un documentaire.

 

 

Quel est l’état d’esprit des Artistes que tu as rencontré·es ? Comment envisagent-ils/elles leur travail ?

Ces Artistes sont très forts techniquement. Ils & elles viennent souvent de la Danse ou de la Gym et travaillent leur discipline de façon extrêmement déterminée. L’apprentissage commence très jeune, vers 5-6 ans et il est quotidien. J’ai senti l’importance pour ces Artistes de contrôler la matière et de créer autour d’une technique : leur envie est de montrer que le Cirque contemporain est quelque chose de beau et d’extraordinaire. En Europe, on travaille davantage sur un concept : on s’interroge sur la technique, on imagine de nouveaux univers d’expression. Lors de nos ateliers, les Artistes japonais sont arrivés avec une technique ou un objet qu’ils & elles maîtrisaient très bien. Je ne voulais pas qu’on soit juste côte à côte à se montrer nos disciplines. Pour nous rencontrer, j’ai voulu partir de ma position : à mon âge, je centre moins le travail sur la technique. Je leur ai donc proposé une rencontre artistique autour de l’espace & de l’agrès. Comment redécouvrir sa propre discipline ? Comment y inviter l’autre ? C’était un échange autour du sensoriel. Une exploration très riche : en quelques ateliers, on avait presque de quoi créer un  Spectacle !

 

Qu’as-tu découvert sur la culture japonaise… et ramené dans tes bagages ?

Tout est une inspiration. La bourse est « exploratoire » donc, par définition, tu pars comme une « exploratrice » ! Tu te nourris de tout : les rencontres en interviews, les discussions en voiture – qui sont moins formelles et révèlent souvent des enjeux plus personnels –, les Spectacles que j’ai vus à Tokyo, les promenades, les paysages,… Je dirais que l’un des principaux éléments que je ramène est lié au temps. Dans notre travail en Europe, on prend rarement le temps, car on en manque presque toujours. Quand d’autres s’expriment, on a tout de suite envie de répondre, de rebondir. Au Japon, j’ai apprécié de vivre une autre notion de temps dans le travail physique. J’avais le privilège d’être observatrice, même quand je m’impliquais dans le travail : un apprentissage pour moi a été de ne pas toujours « agir » mais juste d’ « être ». J’ai été touchée par les notions d’objet, de temps, d’espace, de respect, de travail en groupe, de responsabilité. Des éléments qui étaient déjà importants dans mon travail mais que je visualise plus clairement.

 

Quels seraient tes souhaits pour la suite de cette « Bourse exploratoire » ?

J’ai eu l’opportunité de rencontrer beaucoup d’Artistes là-bas : j’aimerais que les Artistes japonais puissent à leur tour venir en Europe. On a pris le temps de l’échange &  du travail en commun. C’est comme des graines qui ne demandent qu’à germer. J’aimerais bien sûr retourner au Japon pour aller plus loin dans la création. À présent, je passe le relais à quelqu’un d’autre, c’est normal. Cette expérience a été plus large que le Cirque. Elle continuera en moi de différentes manières !

 

Plus d’informations sur le >> site web de Mille Lundt 

Quelques membres du Réseau asiatique CAN seront présents @ Bruxelles, à l’occasion de la 18e édition de UP FESTIVAL, entre le 21 mars > le 1er avril 2024.
Un après-midi ‘Made in Asia’ est au programme du FOCUS PRO >> Pros ⋆ UP – Circus & Performing Arts (upupup.be). 

 

Retour en images sur l’exploration de Mille Lundt >> Album Flickr 

[DOCUMENTAIRE WBI] – Bourse Exploratoire Japon #1

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