En Europe, je me sens presque à la maison !

UP Festival: circus op de gekste plekken.|Bruzz

Comme toute une génération de jeunes créatrices & créateurs québécois.es, Frédérique Cournoyer Lessard se bat pour faire entendre sa voix. Celle d’un Cirque à taille humaine & engagé, très différent du modèle commercial de leurs aînés – comme le Cirque du Soleil. « Mon travail s’adresse davantage à l’écosystème européen », commente Frédérique. L’artiste a d’ailleurs passé 2 semaines de Résidence à UP - Circus & Performing Arts, qui œuvre depuis belle lurette aux échanges avec le Québec. « Vous nous voyez comme les pionniers du Cirque contemporain », soutient Frédérique, « mais le Québec n’a pas encore votre Culture du Cirque d’autrice & d’auteur. On a tout à gagner dans la rencontre! »

 

Entre UP – Circus & Performing Arts & le Québec, c’est une longue histoire d’amour. C’est en revenant de ses études à l’Ecole Nationale de Cirque du Canada, au milieu des années 90, que Catherine Magis a rêvé de créer ce qui allait d’abord s’appeler l’Espace Catastrophe. Aujourd’hui, le lieu fait rêver les Québécois! « La Scène du Cirque indépendant n’existe que depuis peu au Québec », nous explique Frédérique Cournoyer Lessard, Artiste de Cirque & cinéaste, en pleine création de SCUSE, premier spectacle de sa plume. « Au Canada, il n’existe pas de lieux comme UP, comme La Villette [à Paris] ou la Grainerie [à Toulouse]. Ma démarche de création est plus en affinité avec ce type d’espaces, qui soutiennent le Cirque d’autrices & d’auteurs. Je me sens presque à la maison quand j’arrive en Europe! », sourit l’artiste qui travaillé deux semaines en Résidence à UP, en mars dernier, avant de rejoindre La Villette pour poursuivre sa création. Rencontre autour de l’axe circassien Québec – Europe, promis aux échanges les plus féconds…

 

 

 

Vu d’Europe, le Québec est le Graal du Cirque contemporain, avec ses structures de production, son école qui rayonne depuis plus de 40 ans… Qu’est-ce qu’un·e artiste de Cirque québécois·e peut gagner dans l’échange avec l’Europe ?

C’est vrai qu’il y a un certain paradoxe apparent! Le Québec est certes cette plaque tournante du Cirque contemporain, mais son système commercial est très codifié. Il est principalement basé sur une jeunesse qui sort de nos écoles avec une technique de fou et qui s’engage dans les spectacles des grandes Compagnies, comme le Cirque du Soleil bien sûr, mais aussi Les 7 Doigts de la Main & le Cirque Eloize. Mon spectacle ne correspond pas à ces standards. SCUSE est une création qui mêle Cirque, Danse & Théâtre, avec un récit documentaire autobiographique très engagé. Au Québec, ce type de production n’a pas de réseau dans lequel s’inscrire, ni pour la création ni pour la diffusion. La scène indépendante est en plein émergence. Le Conseil des Arts commence à nous soutenir et l’association En Piste travaille à développer un réseau de salles. Le Québec n’a pas encore votre culture du Cirque d’autrice & d’auteur. Mon travail s’adresse davantage à l’écosystème européen. En venant ici, je ne tourne pas du tout le dos à mon pays : il s’agit plutôt d’œuvrer à une logique d’échanges de compétences.

 

 

 

Tu as travaillé deux semaines en Résidence à UP – Circus & Performing Arts pour peaufiner le premier spectacle que tu as écrit. Quel en est le propos ? Et en quoi s’inscrit-il davantage dans une vision d’auteur·ice?

La dramaturgie de SCUSE s’appuie sur 6 événements qui me sont arrivés au cours de mon enfance et de mon adolescence. Ces faits que j’ai vécus ou ces phrases qu’on m’a dites pourraient paraître anodins. Mais, de façon insidieuse, ces événements ont grandi en moi, m’ont constituée et ont favorisé des comportements qui ont mené à des abus. Le spectacle aborde les liens entre la binarité des genres et les violences sexuelles. Avec la chorégraphe Larie-Anne Langis, notre approche est somatique, c’est-à-dire que ces mots reçus, ces événements subis deviennent les moteurs de l’écriture du mouvement. Je répétais les mots pour créer un rythme, un dialogue avec mon agrès – le cerceau – pour retrouver, à travers l’action physique, une justesse émotionnelle.

Le cerceau est très codifié. L’usage traditionnel voudrait que « la jolie fille » y fasse « de jolis mouvements ». SCUSE se détache largement de ce modèle. Je conserve la technique, mais le cerceau lui-même devient le lieu d’une interrogation. Le spectacle questionne les genres et les obligations qui leur semblent associées. De la même façon, l’usage du cerceau est questionné. Ce type de spectacle, qui évoque la résonance intime des contextes sociopolitiques au sein des corps, correspond davantage à la recherche européenne.

 

 

 

L’ombre portée par le Cirque du Soleil reste donc très présente au Québec ?

En Europe, l’image du Cirque continue à être associée à celle du Cirque traditionnel et aux animaux. Au Québec, on souffre d’être associé continuellement au Cirque du Soleil. Ma grand-mère n’a d’ailleurs jamais dit que je faisais du Cirque. Elle dit que je suis au Cirque du Soleil, alors que je n’y ai jamais travaillé! C’est vous dire l’emprise de ce modèle. Le Cirque du Soleil a largement apporté sa pierre à l’édifice, son histoire le démontre depuis 1984. Mais nous cherchons quelque chose de plus profond, de plus engagé.

 

 

Peut-on parler d’une nouvelle génération québécoise, animée par une même envie d’un Cirque plus intime ?

C’est clair qu’il y a une vague collective d’artistes qui veulent explorer des formes de Cirque différentes de ce qui s’est fait jusqu’ici. Nous sommes plusieurs à porter ce rêve-là, mais ce n’est pas simple, parce que notre système n’est pas – encore – fait pour soutenir ce type de créations. C’est presque un projet politique ! Il ne faut pas oublier qu’au Québec, il n’y a pas de « Statut d’Artiste » comme en Belgique ou d’intermittence du spectacle comme en France. Les liens que nous pouvons tisser avec l’Europe, tant du point de vue de la création que de la diffusion, sont essentiels. Que ce soit avec UP, La Villette ou La Grainerie – que je vois comme mon « berceau » parce que ce sont les premières structures « européennes » qui m’ont accueillie –, les échanges sont très inspirants. J’aime l’intensité de ces lieux de travail : tout le monde y est connecté à l’artistique et c’est incroyablement porteur. Les directeur·ices envisagent leur appui à long terme. Ces liens qui se tissent sont infiniment précieux pour notre génération.

 

 

 

  • Interview réalisée par Laurent Ancion

 

  • Un extrait de SCUSE – en cours de création – a été présenté dans le cadre des SHOW CASE du Focus Pros, à l’occasion de l’édition 2024 de UP FESTIVAL

 

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