« Boutès » : le Cirque pour soigner la perte.

Et si, parfois, les larmes n’étaient qu’un rire qui s’est trompé de chemin ? Habitué à toutes les audaces, le Cirque contemporain pourrait bien nous aider à funambuler sur le fil du deuil. Avec la grâce du geste et l’élégance du rire, la Compagnie Courant d’Cirque démontre qu’un sujet aussi délicat que le suicide d’un père peut conduire à des moments précieux, d’une infinie poésie. « Boutès », c’est la rencontre entre deux êtres et deux arts : la jonglerie aérienne de Tania Simili et les acrobaties verbales de Jean-Luc Piraux. Reflets de la fille et du père, le duo explore les mille et une façons de se souvenir en commun, par-delà l’ultime rivage. Rencontre avec deux belles âmes, qui feront immanquablement vibrer la vôtre.

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Le Cirque contemporain peut-il aborder tous les sujets ? « Oui – mille fois oui », se dit-on face à la douceur de « Boutès », porté par la Compagnie Courant d’Cirque. Dans un élan dont il faut souligner le courage, Tania & Sarah Simili, l’une en scène, l’autre à la mise en scène, ont décidé de bâtir un spectacle qui évoque une blessure intime – le suicide de leur père. Un sujet délicat que l’équipe parvient à transformer en une réflexion universelle sur le deuil, menée tendrement, comme une ode à la vie. Sur le plateau, entre réalisme et onirisme, la fille retrouve le père pour un ultime échange en gestes et en mots. Un tissu aérien, une petite table, une chaise : quelques éléments suffisent pour nous tresser un lien filial qui évoque immanquablement les nôtres. Et dans la salle, nos émotions passent du rire aux larmes, en compagnie de Tania Simili & Jean-Luc Piraux, l’une venue du Cirque, l’autre du Théâtre, pour une rencontre entre deux mondes, au sens propre comme au sens figuré. Sous ses airs joyeux, l’intensité du propos vient du parcours-même des artistes : celui de Tania bien sûr, qui évoque la disparition de son parent, mais aussi celui de Jean-Luc, qui a sublimé un passage de vie très sombre dans un solo titré « Rage dedans ». 

 

Tania, ta spécialité est le Tissu-Massues ; Jean-Luc, le Théâtre. Comment s’est passée la rencontre entre vos deux langages ? 

Tania : J’ai d’abord vu Jean-Luc sur scène, dans son solo « Rage dedans ». J’ai été épatée par la façon dont il traitait un sujet aussi sombre par sa face joyeuse et solaire. Et il dévoilait un potentiel acrobatique ! Sa manière de bouger était pleine de grâce. Je me réjouissais d’entamer la recherche. Dès les premières rencontres, Jean-Luc a développé son envie de mouvements, il a vraiment fait un pas artistique vers moi. Pour ma part, je suis plus à l’aise dans le non-verbal, y compris dans la vie. Mon chemin vers le Théâtre a donc été plus difficile. Mais l’équipe m’a offert un espace de confiance et de sécurité. J’étais bien guidée. Ça a été un défi, mais très libérateur. Voir Jean-Luc jongler avec les mots, c’est très inspirant !   

Jean-Luc : Très vite, dès le début du travail ensemble, vous m’avez raconté toutes une série d’histoires qui m’ont nourri. On est passé tout de suite sur le plateau, en improvisations. J’étais très essoufflé parce que Tania est difficile à suivre ! J’étais fasciné par ses mouvements et par l’émotion qui s’en dégageait. En quelques jours, on a construit l’essentiel de ce qui se raconte en scène. Je suis devenu une sorte de père adoptif en scène et Tania ma fille adoptive… Le travail a été fort et profond tout de suite. 

 

 

Au fil des rencontres, êtes-vous devenus un peu plus comédienne pour l’une et circassien pour l’autre ? 

Tania : J’éprouve beaucoup de plaisir à dire les mots du spectacle, mais je sais et je sens que le canal de l’expression reste pour moi le corps, pour l’instant. 

Jean-Luc : Quand les mots de Tania sortent, ils sont d’une justesse incroyable. Quant à savoir si je suis devenu circassien… Disons que je m’entraîne sans relâche ! Depuis le début du travail, il y a 3 ans, j’ai installé un tissu aérien chez moi. Je pratique une fois par semaine, pour conserver le (modeste) acquis. 

 

Pour toi, Jean-Luc, il s’agissait de faire confiance au mouvement, de renoncer un peu aux mots ? 

Jean-Luc : Oui, j’ai dû aller vers un dépouillement verbal, c’est sûr ! On a sorti les ciseaux pour élaguer tout ce que j’avais envie de dire. Cette sobriété me plaît bien. J’aime les mots sur scène, ils ont un pouvoir étonnant. Mais j’aime aussi le corps, parce qu’il peut raconter quelque chose de tout à fait différent. Dans mes projets personnels, j’ai d’ailleurs envie d’aller vers un spectacle sans aucun mot. Le défi, c’est de garder la ligne de l’émotion. 

 

 

Avec « Boutès », l’idée est de trouver le savant dosage entre gestes et mots ? 

Tania : Traiter du sujet du deuil par le mouvement ouvre beaucoup de possibilités. Le geste peut exprimer la tristesse, l’abattement, la colère. Mais les questions autour du deuil ont besoin de mots. Avec ma sœur Sarah, nous avions envie d’amener des questions réelles, pas seulement des sensations. Par exemple, en scène, il y a une séquence qui demande « Pourquoi ? ». C’est un mot simple qui permet que chacun dans le public puisse reconnaître sa propre expérience du deuil.  

 

Le mélange des émotions est très présent dans le spectacle. « Boutès », malgré son sombre sujet, est plutôt joyeux. 

Tania : L’énergie de Jean-Luc est hyper solaire et douce. Ça a amené de la joie !  

Jean-Luc : C’est une combinaison d’énergie. Je suis personnellement passé par une aventure proche de celle de votre papa, mais je la mets au service de votre témoignage. Une volonté solaire s’est imposée. On n’a pas envie d’être dans la lamentation. C’est une forme de pardon. On relate ce qui s’est passé pour s’alléger, pour se permettre de s’envoler, d’être bien avec notre tristesse. Et parfois, de cette tristesse, on fait un soleil. 

 

 

À quel public le spectacle s’adresse-t-il ? 

Jean-Luc : En Suisse, nous avons joué devant des publics d’âges très mélangés. Les enfants riaient au premier degré et les parents riaient d’entendre les enfants rire. C’était un écho joliment dissonant, à la Bartok ! Je pense que « Boutès » gagne à se jouer ainsi, pour le tout-public. 

 

Sur le sujet du deuil, quelles ont été les réactions ? 

Tania : Plusieurs personnes sont venues vers moi après les représentations, pour parler de leur propre expérience de deuil. C’est vraiment l’objectif que nous avions, avec Sarah et toute l’équipe : que chacun puisse se reconnaître, se projeter. 

 

Le Cirque peut donc raconter l’intime ? 

Tania : Certainement. Pour moi, c’est un moyen d’exprimer par le corps toutes les émotions qui nous traversent et que les mots ne parviennent pas à dire. En société, quand on vit une forte émotion, on ne peut pas toujours l’exprimer. Le Cirque peut montrer au public qu’il y a d’autres chemins pour dire ce que l’on ressent. Grâce au mouvement, le cirque peut être un pont entre l’intime et l’universel. 

 

Le spectacle DRACHE NATIONALE est à découvrir @ UP – Circus & Performing, dans le cadre des SERIES :

DATES :

  • Jeudi 16.03 à 20h30
  • Vendredi 17.03 à 20h30
  • Samedi 18.03 à 19h
  • Dimanche 19.03 à 17h
  • Jeudi 23.03 à 20h30
  • Vendredi 24.03 à 20h30
  • Samedi 25.03 à 19h
  • Dimanche 26.03 à 17h

Réservez vos tickets >>> https://upupup.be/show/boutes/?show_context=season

Photos © Dominique Schreckling & Circusögraphy

Création

RECLAIM : un Cirque puissant pour porter la voix.

Formations

Complètement accro ! [Témoignage de Julia]

Spectacles

Dansons sous la drache !