Un univers de toile, c’est beau parce que c’est fragile.

Décrochez-moi ça_Tarbes

À mille lieues des fauves rugissants que son nom pourrait laisser imaginer, la Compagnie BETES DE FOIRE crée depuis 10 ans le plus délicat des univers. Sous son petit chapiteau rouge grenat, tout invite à la douceur. DECROCHEZ-MOI ÇA est une nouvelle preuve de l’alchimie qui opère entre Elsa De Witte & Laurent Cabrol, l’une passionnée d’étoffes et l’autre de jonglerie. Leur premier spectacle avait enchanté le Festival UP en 2016. Rebelotte en 2024, où leur nouvelle création a clôturé la 18e édition avec un voyage d’une infinie poésie. « Un chapiteau, c’est comme un bateau », explique Laurent Cabrol. « Ça prend beaucoup de place et de temps, mais c’est génial parce qu’on invite les gens à aller loin sous la toile! » 

 

 

À défaut des hirondelles, un spectacle peut-il faire le printemps? En sortant du Chapiteau de la Compagnie Bêtes de Foire, sur l’esplanade de UP – Circus & Performing Arts, on se dit qu’il n’y a rien d’étonnant à croiser les premiers rayons de soleil d’avril, ceux qui font du bien partout. UP FESTIVAL s’achevait sur l’une des plus belles invitations à la chaleur humaine et à la poésie qui fait fleurir tous les cœurs : DECROCHEZ-MOI ÇA, deuxième spectacle de la Compagnie après l’éponyme BETES DE FOIRE, achève d’installer l’équipe parmi les grands créateurs – et forgerons! – du Cirque actuel.

 

Sous leur Chapiteau, tout paraît pourtant issu d’un autre temps : la petite piste de bois semble patinée par les années, tout est fait de bric et de broc, depuis l’incroyable collection de vestes de costume chinées jusqu’aux instruments bricolés. C’est désormais la signature d’Elsa De Witte & Laurent Cabrol, l’une costumière, l’autre circassien, et de leur équipe qui naviguent ensemble depuis 10 ans sous la toile de Bêtes de Foire. « On veut inviter les gens à un voyage », résume Laurent Cabrol, qui vient de rouler 17 heures pour rallier Montpellier depuis Bruxelles en poids lourd. À la légèreté de leur Art répondent quelques kilos de matériel! Mais leur foi dans le Chapiteau n’est pas près de s’émousser, comme nous l’explique le circassien.

 

 

 

Comment forge-t-on un spectacle comme DECROCHEZ-MOI ÇA tout en jouant plus de 700 fois le spectacle BETES DE FOIRE aux quatre coins du monde ?

Avec beaucoup de temps! On a commencé par bricoler certains éléments du spectacle pendant le Covid, il y a 4 ans. Nous avons créé des costumes, comme la veste qui se déchire, et des éléments de scénographie, comme les têtes qui apparaissent à un moment. Mais on ne savait pas encore qu’on avançait vers un nouveau spectacle! On est un peu lents : on trifouille, on cherche, on avance doucement. Peu à peu, nous avons réalisé qu’on pouvait écrire quelque chose. On a arrêté de tourner pendant un an, pour la dernière ligne droite de la création. C’est un travail collectif : Simon Rosant donne la vie à nos rêves techniques, Thomas Barriere & Bastien Pelenc forgent la musique – et leurs instruments. Notre premier spectacle nous avait lui aussi pris 3 ou 4 ans. On prend notre temps, mais la recherche est permanente, sans parfois nous en rendre compte.

 

Vous êtes confondateur du Cirque Trottola, qui a lui aussi fait le choix du chapiteau et d’un Cirque à taille humaine. D’où vous vient ce goût de la patine, des objets qui semblent avoir une âme ?

On a grandi avec le Théâtre forain. Elsa vient du Théâtre de Rue. Nous avons été durablement marqués par des spectacles itinérants comme ceux des frères Forman ou de Monsieur Burratini, qui est notre père à tous. Des spectacles inspirants, basés sur un souffle féerique, porté au plus près des gens. Nous transformons ce que nous avons reçu. On veut inviter le public à un voyage dans notre imaginaire, dans ce qu’on aimerait être et dans ce qu’on est. Le bois, le tissu et le métal sont des matières que nous savons travailler. Le plastique ne nous fait pas spécialement rêver! Mais si tu nous donnes un bout de ferraille, on sera inspirés. Tout ce que vous voyez sous le Chapiteau est fabriqué dans notre atelier.

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C’est votre deuxième visite à UP FESTIVAL – et la deuxième fois que vous installez votre chapiteau en ville – à Koekelberg en 2016 & à Molenbeek en 2024. Comment vivez-vous ces Rendez-Vous ?

C’est génial de pouvoir poser un chapiteau en ville, au cœur des quartiers. La plupart du temps, le Cirque n’est autorisé à s’installer qu’à la périphérie des villes et l’on rencontre fatalement moins de gens. Avec UP au contraire, c’est vivant! Non seulement c’est un festival, mais c’est aussi un lieu de création, avec plein d’autres artistes qui cherchent aussi, avec qui on discute. Je me suis formé chez Fratellini, où les générations travaillaient ensemble. J’adore ces croisements! Et puis DECROCHEZ-MOI ÇA est un spectacle tout frais, c’est la première fois qu’on l’exposait à l’international. UP est un festival important dans le monde du Cirque : il y a des programmateurs de toute l’Europe, et même de plus loin. On se retrouve, on fait des rencontres. Le spectacle y a gagné de belles options : Italie, République Tchèque, France, Belgique, etc.

 

Le choix du Chapiteau est constitutif de votre travail. Qu’offre la toile par rapport à la Salle ?

Tourner en Salle ne nous attire pas beaucoup. Des structures itinérantes nous ont touchés, dans ce qu’elles ont d’éphémère et de fragile. Un Chapiteau, c’est comme un bateau : c’est physique, c’est politique, ça prend beaucoup de place & de temps, mais c’est épatant parce qu’à partir d’une place vide, tu crées tout un monde. On invite les gens à aller loin sous la toile. Et en même temps, ça reste artisanal, un peu fragile. Et c’est beau parce que c’est fragile. Catherine Magis & Benoît Litt, à la direction de UP, l’ont bien compris. Ils sont tellement à fond. Ils cherchent des solutions pour les jeunes créateurs comme pour les plus vieux. Ils ouvrent des portes dans les quartiers. Il faut revenir à ça. Les villes mettent habituellement le Cirque en extérieur et, au centre-ville, elles mettent 3 bancs, 3 arbres, au risque de s’aseptiser…

 

Un dernier mot sur la mascotte de DECROCHEZ-MOI ÇA : le chien Maus!

Haha! Oui, on l’a vraiment choisi pour la création. On fait du Cirque forain : le chien a sa place là-dedans. Notre premier chien, Sokha, qui jouait dans notre spectacle précédent, est à la retraite. Quand un chien arrive, je regarde ses qualités et ses défauts. Sokha aimait ne rien faire : on a fait un numéro où elle ne fait rien. Maus, par contre, vole tout. Je ne voulais pas aller contre son sens. On a écrit un numéro où elle me vole des bouts de vêtements. Nos rapports doivent rester simples et justes. Ce n’est pas du dressage. C’est comme dans « Le petit prince » : il s’agit de créer des liens, de s’apprivoiser. Maus est comme un chien de berger, qui ne se tient plus quand elle voit des moutons. Elle ne veut pas rester dans la caravane quand on fait un spectacle, elle veut être avec nous.

 

 

  • Interview réalisée par Laurent Ancion

 

  • DECROCHEZ-MOI ÇA a été présenté lors de l’édition 2024 de UP FESTIVAL, sous le Chapiteau de la Compagnie, installé sur l’Esplanade de UP – CIRCUS & PERFORMING ART, à Molenbeek

 

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