Ce chat qui nous fait vriller.

La Compagnie Back Pocket a de la suite dans les idées. Après « La Vrille du chat », une véritable révélation portée par 5 acrobates virtuoses, l’équipe dévoile « Le chat de Schrödinger », un duo enivrant où deux hommes évoluent dans un cube transparent de 4 mètres sur 4. Que diable viennent faire tous ces chats dans cette affaire ? Réponse avec Aurélien Oudot, cofondateur de la Compagnie, qui nous invite dans les coulisses d’une expérience pas comme les autres. Car « Le chat de Schrödinger », né du confinement, est tout à la fois un dialogue physique et métaphysique avec Mikaël Bres, pour un dédoublement qui vous fera vriller le corps et la tête !

Le Chat de Schrödinger - Back Pocket - UP FESTIVAL 2022 ©Valentin_Boucq 3

« La Vrille du chat », puis « Le chat de Schrödinger »… La Compagnie Back Pocket a la passion des félins ! C’est une marque de fabrique ? 

C’est surtout un coup du hasard ! Pour « La Vrille du chat », notre écriture physique s’est vraiment inspirée des incroyables contorsions des chats. Avez-vous déjà bien observé un chat qui saute ? C’est fou : rien n’est droit, tout est tordu. Chez les humains, l’acrobatie est souvent très carrée, il y a rarement des torsions. Le chat au contraire aime se « twister » le corps : le haut prend de l’avance sur le bas, qui tourne avec retard. C’était une excellente source d’inspiration pour notre travail acrobatique, mais aussi pour l’écriture du précédent spectacle : la narration devenait de plus en plus tordue avant de retomber sur ses pattes ! 

Pour « Le chat de Schrödinger », ce n’est pas un titre forcé. Nous souhaitions travailler depuis longtemps en duo avec Mikaël Bres. Nous avons imaginé deux hommes coincés dans un espace clos, en laissant planer un doute : s’agit-il de deux individus à part entière ou bien sont-ils la projection d’un seul et même personnage ? La coïncidence était trop belle avec l’expérience scientifique de Erwin Schrödinger, où l’on est amené à s’interroger sur un chat dans une boîte fermée. Le titre coulait de source ! « Le chat de Schrödinger » reprend à la fois la notion de signature acrobatique du chat et celle, plus métaphysique, d’une interrogation sur l’individu. 

 

Le dispositif du « Chat de Schrödinger » est très particulier : vous évoluez dans un cube transparent de 4 mètres sur 4, avec le public disposé en « U » autour de vous. Toute ressemblance avec l’expérience du confinement est-elle fortuite ? 

Le confinement a accéléré le processus. On se connaît depuis presque dix ans, Mikaël et moi. Nous parlions depuis longtemps d’être en scène ensemble. Comment faire dialoguer nos langages physiques ? Il est spécialiste du mât chinois et d’acrobaties très rapides au sol, proches du break. J’explore plutôt l’acrodanse et la contorsion. Lors du confinement, nous avons su que nous voulions parler de la même chose : la condition humaine face à l’enfermement. Des films comme « The Sunset Limited » de Tommy Lee Jones – un huis clos avec deux personnages – ou « Fight Club » de David Fincher – où un même personnage se dédouble – nous ont inspiré : il était possible de construire un récit simplement sur la présence de deux personnes en un même lieu. L’univers carcéral qui se dégage de nos vêtements, des quelques éléments de mobilier et du cube ne constitue pas pour nous un univers réel. C’est une métaphore pour mettre en exergue ce sentiment d’enfermement qu’on a tous ressenti au moment du confinement. Et chaque spectateur y puisera sa propre interprétation. 

 

 

Votre incroyable « boîte » de plexiglas peut être emmenée partout. À l’intérieur d’une salle, comme lors des représentations à UP, mais aussi à l’extérieur ? 

On rêve même de jouer sur la plage, la nuit ! Notre désir est d’amener ce cube aux formes très contemporaines dans des endroits inattendus, des parcs, en forêt… Nous aimerions aller jouer auprès de publics qui ne s’attendent pas nécessairement à ce genre de visite. Le fait que les murs du cube soient en plexiglas crée un rapport très particulier entre les interprètes et les spectateurs. 

 

Tout se raconte par les corps, sans un mot. Comment avez-vous construit ce dialogue (méta)physique ? 

Notre langage commun est le Cirque. Notre recherche dans l’écriture est donc avant tout acrobatique. Mais pour ouvrir le champ, nous sommes partis d’une base chorégraphique. Par exemple, pour exprimer la confrontation entre deux personnes, nous avons pensé au tango. Comment écrire des passages acrobatiques à partir de cette danse ? Nous avons ainsi multiplié les sources à partir desquelles explorer l’acrobatie : la danse contemporaine, le Butô, le judo et même un peu de kung-fu ! Nous voulions voir comment on arrive à lier notre technique circassienne avec des approches aussi variées que le théâtre physique, la danse et les arts martiaux. L’idée, c’est de se donner des contraintes pour élargir notre imaginaire acrobatique.  

 

 

Tu as travaillé pour plusieurs chorégraphes, comme Michèle Anne De Mey ou Philippe Découflé. La danse contemporaine a-t-elle une influence sur ton travail ? 

De toute évidence, oui ! Quand j’ai commencé à travailler l’acrodanse à l’Esac, en 2011, j’ai compris que mes curseurs n’allaient jamais cesser d’évoluer. D’un côté, j’ai envie de défendre la pratique du Cirque dans ma discipline, c’est-à-dire l’acrobatie et les contorsions en solo, les portés et la banquine à plusieurs. Il ne faut pas abandonner, parce que ces gestes propres au cirque sont très communicatifs et explosifs. D’un autre côté, les arts sont de plus en plus hybrides et ce mélange est passionnant. Qu’est-ce que le Cirque aujourd’hui ? Qu’est-ce que les arts vivants ? Philippe Découflé présente ses spectacles comme de la danse, mais il mélange des comédiens, des circassiens, de la musique live. Quand Michèle Anne De Mey travaille avec le réalisateur Jaco Van Dormael, la danse rencontre la vidéo et la régie de scène, avec les petits décors filmés en direct. J’aime que les arts vivants s’hybrident. Et j’aime aussi que le Cirque y garde une place spécifique ! 

 

Avec « La vrille du chat », la Compagnie Back Pocket dévoilait un aspect fluide et léger, proche de la comédie. « Le chat de Schrödinger » amène d’autres couleurs, une réflexion plus intérieure et profonde. Le Cirque peut-il parler de tout ?  

Une des forces du Cirque, c’est sa diversité. Un spectacle qui vise le divertissement et fait passer un bon moment aux spectateurs est aussi valide qu’un spectacle qui réfléchir. L’un des plus beaux compliments que j’ai captés récemment à propos de notre travail, c’est quelqu’un qui disait à la sortie : « Entre « La Vrille du chat » et « Le chat de Schrödinger », on est dans deux esthétiques totalement différentes. On a l’impression que ce n’est pas la même équipe ! ». Franchement, ça me fait super plaisir ! On a envie de continuer à faire des propositions différentes, nées d’envies variées et toujours sincères. 

Alors oui, le Cirque peut parler de tout, il a même le devoir de poser des questions. Le geste circassien suscite une identification immédiate de la part du public. Sa grande force, c’est sa capacité à toucher les gens de façon très différente. Nous racontons par nos corps, par notre technique physique, ce qui ouvre à de multiples niveaux de lecture. Les meilleurs sujets, ce sont ceux qui nous gardent éveillés la nuit ! 

 

 

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Le spectacle LE CHAT DE SCHRÖDINGER est à découvrir @ UP – Circus & Performing, dans le cadre des SERIES :

DATES : 

  • Jeudi 09.02 à 20h30
  • Vendredi 10.02 à 20h30
  • Samedi 11.02 à 19h
  • Dimanche 12.02 à 17h
  • Jeudi 16.02 à 20h30
  • Vendredi 17.02 à 20h30
  • Samedi 18.02 à 19h
  • Dimanche 19.02 à 17h

Réservez vos tickets >>>  https://upupup.be/show/le-chat-de-schrodinger/?show_context=season

 

Photos ©  Valentin Boucq & Circusögraphy

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